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Herge16-171Pourquoi ce livre ?

 

Désormais plus proche des 77 ans  que de l’âge des mes premières lectures des aventures de mon « cousin de papier », il me semblait opportun de relater mon parcours de vie à l’ombre de Tintin, de son créateur et du frère de ce dernier.

Tous les chemins mènent à Rome, dit-on. Sans doute. Mais il est des routes plus encombrées que d’autres par des poids lourds, des nids de poule et autres obstacles vous obligeant à la plus grande prudence, sous peine de finir dans un ravin…

 

Cette écriture en forme de catharsis libératoire trouve sa justification non point dans la rancœur, ni un quelconque esprit de vengeance, encore moins dans l’évocation d’une frustration matérielle, n’en déplaise à certains esprits chagrins plus prompts à souligner un hiatus tout droit sorti de leur imaginaire de soi-disant tintinophile « averti ». Et Dieu sait ce que l’on peut lire comme abracadabrantesques et hargneuses opinions sur certains sites spécialisés !

 

Là n’est donc pas l’objet de mon témoignage, loin s’en faut. Et la seule grosse frustration que je puisse éprouver réside dans ce que je considère comme le dévoiement d’une œuvre unique et splendide et qui, depuis trente ans, subit presque exclusivement les assauts du mercantilisme, à l’exclusion de toute démarche altruiste.

 

Une autre raison – et non des moindres – qui m’a convaincu de coucher sur le papier mes « mémoires » est le mauvais procès fait à deux frères dont on a trop souvent brossé des portraits opposés, voire antagonistes. Il me fallait, trente ans après leur mort, rétablir une vérité la plus objective que possible en n’omettant pas non plus ma propre responsabilité dans nos difficiles relations. Cette lourde fratrie, oui, je l’ai profondément détestée pour ce qu’elle avait de plus insupportable : une tyrannie de la pensée et l’occultation de tout sentiment d’affection familiale.

 

Mais, avec le recul que m’autorise l’âge et une certaine expérience des hommes, ces aspects négatifs de leurs personnalités se sont lentement estompés et ont fait place à mon affectueux et admiratif souvenir.

 

L.d'Or-3D’abord pour mon père Paul, ce tonitruant et fier officier reconnu par ses pairs comme un homme de valeur(s) et pour ce cavalier émérite dont l’œuvre écrite et dessinée a fait l’objet du coffret de livres réalisés et édités à compte d’auteur par votre serviteur en 2008. La qualité des dessins de Paul Remi a reçu un accueil plus que positif de la part de célébrités du monde hippique tels Jean Rochefort, Michel Henriquet, grand écuyer du Cadre Noir ou encore François Mathys, champion olympique, et j’en passe. En numérisant soigneusement ces dessins l'un après l'autre, j'ai réalisé la qualité du talent de Paul. En vérité, un sacré coup de crayon, car dessiner un cheval dans les différentes postures ou figures que lui impose son cavalier est un exercice particulièrement complexe. À l'instar de son célèbre frère, aucun trait n'était approximatif, chacun étant peaufiné jusqu'à la perfection du tracé final. Tenter de reproduire une séquence de galop en vue trois-quart arrière n'est pas à la portée du premier venu ! Il y avait donc bien une similitude dans la technique que les deux frères professaient. Le petit monde des hergéophiles et autres tintinologues n’ont pas cru opportun à l'époque d’en faire état. Et pourquoi donc ?

 

Herge-1965Pour Hergé ensuite, car son immense talent est incontestable. C'est lui qui m'affirmait, entre autres, qu'un bon dessinateur de BD se reconnait à l'exactitude du dessin gestuel d'une main…

Mais l’homme-oncle, le parrain, trop vite confronté à la célébrité, s’est inévitablement construit une tour d’ivoire pour se protéger des multiples sollicitations – parfois étouffantes - de ses admirateurs. Bien que d’approche affable, l’homme pouvait être colérique, parfois très drôle mais si difficile d’accès. Sans doute était-il le premier à souffrir du poids de sa réputation et des doutes existentiels incessants qui le taraudaient ? Son jeune neveu était trop bouillant ou excessif pour qu’il puisse s’appuyer sur lui, c’est évident. Oui, j’ai espéré voir en lui un mentor, oui j’ai cru à son affection réelle et profonde ; oui encore, j’ai reçu de lui aide, conseils et enseignements, avec toutefois le profond regret que notre trop brève entente ait chaviré bêtement… Mais, c’est un regret strictement sentimental. Point.

 

 

Voilà donc les motivations qui m’ont fait prendre la plume, sans concessions pour les acteurs grands ou petits de cette saga, en ce compris moi-même !

 

Enfin, last but not least, que d’aucuns regrettent que j’aie pu ouvrir une porte « indécente » sur le sacro-saint univers familial est compréhensible, mais Hergé n’est-il pas un personnage public mille sabords ? Et son frère Paul ne méritait-il pas qu’on le présente tel qu’il était, avec ses ombres mais aussi et surtout avec ses lumières ?

Après tout, l’aîné s’est largement inspiré du cadet, non ? Tenter un travail de vérité ne pourra jamais se réaliser sans donner un coup de projecteur sur les zones d’ombre. Hergé avait raison en professant : « il n’y a pas de noir ou de blanc, il n’y a que des valeurs innombrables de gris ». Moi j’ajouterai sentencieusement que pour certaines choses essentielles, c’est noir ou c’est blanc !!!

 

Georges Remi jr

 

 


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